Le vendredi 21 novembre 2025, par un froid glacial, une plaque portant les noms de 12 passeuses et passeurs d’Aulus-les-Bains et d’Ercé élevé(e)s au rang de Justes parmi les Nations a été dévoilée :
Jean-Pierre Acgouau, Guillaume Ané-Prince, Jean Ané-Prince père, Jean Ané-Prince fils, Marianne Ané-Prince, Germaine Bacque, Justine Bacque, Marie Bacque Rey, Jean-Baptiste Rogalle, Jeanne Rogalle Acgouau, Huguette Trompette, Catherine Trompette Flingou.
La cérémonie a réuni le Lieutenant-colonel Olivier SURIN, chef de la délégation militaire départementale de l’Ariège, Madame Delphine LEMAIRE, sous-préfète et Directrice de cabinet, Monsieur Patrick BOYER, maire de Aulus les Bains, Monsieur Christian CARRERE, maire de Ercé, Monsieur Jean-François HURSTEL, Délégué du Comité Français pour Yad Vashem, Madame Danick FLORENTIN, Présidente de l’association MHVA (espace muséal), Madame Bernadette Rogalle, descendante de Justes, Monsieur Kamel CHIBLI, Vice-Président de la Région, Monsieur Olivier RATON, Conseiller départemental.
Les élèves d’une classe de 3e du collège Jules Palmade de Seix accompagnés et remarquablement préparés par leurs professeurs, Madame Marie NIVET, professeur d’Anglais, Madame Rachel PELOUX, professeur de Français et Madame Alexandra MEURANT, professeur d’Histoire Géographie ont également participé à cette cérémonie.
Ils ont lu des textes de Primo Levi et de Stéphane Hessel. Nous les remercions et les félicitons pour leur engagement.
Elles, ils ne sont pas que des noms : Jean-Pierre Acgouau, Guillaume Ané-Prince, Jean Ané-Prince père, Jean Ané-Prince fils, Marianne Ané-Prince, Germaine Bacque, Justine Bacque, Marie Bacque Rey, Jean-Baptiste Rogalle, Jeanne Rogalle Acgouau, Huguette Trompette, Catherine Trompette Flingou.
Ils, elles ne peuvent pas être réduits à leurs actes exceptionnellement courageux: ravitailler les Juifs qui avaient trouvé refuge dans les granges environnantes, communiquer l’information de la date imminente de la rafle, cacher les fugitifs dans sa maison, dans sa cave, dans une cheminée , jusque sous son lit, utiliser le car de Saint-Girons, un camion de livraison pour aider à la fuite, organiser un mariage blanc, apporter une aide essentielle au franchissement périlleux de la frontière vers l’Espagne ou simplement être capables de reconnaître l’autre, l’étranger, sa souffrance et lui tendre la main.
En effet, leur identité, leurs actes ne sauraient les définir entièrement tant ces éléments évidemment indispensables pour dresser leur portrait, traduisent incomplètement la peur, la profonde et terrible peur qui régnait alors, qui imprégnait tout, qui s’insinuait en tous comme un poison conduisant certains à la délation et la grande majorité des autres à une indifférence toute aussi coupable.
Qu’ont-ils donc ces femmes et ces hommes de différent, de plus que les autres pour avoir pu secouer cette peur comme l’insignifiante poussière du renoncement, pour passer outre ? Où ont-elles, ont-ils puisé cette force vitale, cette humanité récalcitrante et têtue face à la poussée gigantesque de la mort, de la destruction et de cette peur insondable qui anesthésie tout, qui encrasse tout ?
Peut-être pourrions-nous dire, à l’endroit où nous nous trouvons aujourd’hui et en regardant autour de nous, que la pleine possession de leur humanité a trouvé racine et force dans ces montagnes impressionnantes qui ont façonné des générations dures au mal, sachant cultiver le secret, construisant pour elles-mêmes une colonne vertébrale, une éthique, une conscience.
Oui, peut-être….mais alors il faudrait ajouter un aspect essentiel et qui est au fondement-même de leurs actes : leur humilité. Humbles, ils, elles l’ont toujours été, par atavisme, par conviction, par pudeur. Se savoir petits au sein d’une nature grandiose mais aussi cruelle, c’est révéler son instinct de survie pour soi et pour les siens.
Se savoir petits face au pouvoir de la haine en 1942, c’est déployer sa puissance pour tout simplement sauver des vies, la vie d’êtres humains qu’on ne connaît pas mais qu’on a su regarder comme nos égaux en humanité, comme d’autres nous-mêmes.
Elles et ils n’ont pas dit autre chose après la guerre : « Ce que j’ai fait, c’était normal. », « Je l’ai fait parce qu’il fallait le faire ». « Je ne suis pas un héros » et aussi : « Si c’était à refaire, je le referai. »
Aujourd’hui, leurs noms sont gravés dans la pierre et nous sommes réunis pour les honorer. Qu’il est beau ce nom de « Justes » dans sa simplicité mais aussi sa grandeur pour les qualifier ! Elles et ils ne se sont jamais pensé(e)s comme des êtres d’exeption, encore moins comme des modèles à suivre mais puissions-nous trouver en eux la force de relever la tête alors que nous sommes au bord du chaos, alors que la bête rampe au plus près, envahissant les cerveaux et les cœurs. Puissions-nous, comme ils et elles ont su le faire, trouver, retrouver notre humanité pour dire non !









